Patrick Berger architecte, Paris

Exposition "Bois et essences"

Exposition du 21 Janvier au 8 mai 1994 ; Pavillon de l’Arsenal Paris

L’exposition laisse dégagée la nef de métal du Pavillon de l’Arsenal : l’espace ainsi libéré, où ne prennent place que des empilements éphémères d’objets et des images suspendues, évoque ainsi l’entrepôt, l’accumulation sans fin, l’inventaire, le voyage de l’imaginaire contenu pour quelques mois dans des caisses de bois. Cette fois-ci la halle est perçue dans son intégralité.

Les essences

Autour du vide central, le long de la rambarde, sont présentés des échantillons, fragments bruts ou feuilles fines de placage, représentant soixante essences choisies parmi les plus utilisées. Ces pièces de bois, que l’on peut toucher, sont disposées sur dix longues plaques de métal brut, ces plaques étant elles-mêmes posées sur quelques caisses empilées mises bout à bout autour de la main-courante. L’ensemble est une mosaïque colorée, une palette de textures variant des cercles de nœuds aux figures de loupes, de la régularité des veines sombres à la finesse de feuilles opalescentes.

Chaque échantillon est légendé, avec le nom de l’essence, son origine géographique, ses principales qualités et ses utilisations.

Mais la présentation de ces essences ne se limite pas à l’exposé minutieux de qualités et d’usages. Elle peut suggérer, en correspondance avec le reste de l’exposition, des utilisations nouvelles, des associations inédites.

Les images

Autour de ces essences, sur les deux longs côtés et l’un des petits côtés de la nef, deux allées longent un labyrinthe d’environ 120 images suspendues entre lesquelles, comme entre les feuilles d’une accumulation d’imaginaire, le visiteur découvre des lieux, des sites ou des bâtiments auxquels le bois a donné leur sens. Les images sont grandes, jusqu’à 2 m de haut et 3 m de large. Elles sont disposées parallèles l’une à l’autre, en série, de façon rapprochée pour que le spectateur ait le sentiment de pénétrer dans l’enfilade de vis-a-vis d’images. Les alcôves étroites ainsi constituées confrontent toujours deux représentations d’ouvrages issus chacun de temps, de cultures ou de lieux distincts mais qui présentent des analogies dans le langage du matériau. Des figures intemporelles sans géographies qui traversent constamment l’histoire apparaissent : la Chine du XIIe siècle rejoint parfois les confins nordiques d’aujourd’hui. L’architecture du bois présente ou suggère ses thèmes privilégiés et presque sans âge : des projets fondés essentiellement sur la présentation soit d’une vêture, soit d’une édification par empilement, soit du maillage d’une ossature, soit de la répétition d’un même élément structurel ; surface du revêtement, poids de la matière, texture et portée constituent les sujets privilégiés et permanents qui rassemblent chacun les photographies présentées.

Un dernier ensemble de réalisations ont en commun la reproduction ou la déclinaison en bois de figures antérieures.

Dans l’exposition la matière ne parle que d’elle-même, des figures qui lui sont propres au delà du style ou des fonctions des ouvrages auxquels elle a été soumise. Elle nous initie aux sources de son imaginaire.

Les objets

Entre images et essences, une collection d’une quarantaine d’objets thématiques : le fil d’Ariane en est une liste de mots, de verbes, d’adjectifs, formant le début d’un lexique que l’on pourrait compléter au fur et à mesure des projets ou de l’évolution des savoir-faire. Il n’est pas question seulement de la technique mais d’actes ou d’états différents de la matière. Ces objets nous racontent le bois plié, déroulé, effeuillé, courbé, entaillé ou étuvé, le bois voyageur ou le bois débité… inventaire esquissant sans doutes d’autres interprétations, d’autres projets.

Ces objets sont posés sur des caisses amenées en nombre sur la plate forme de la mezzanine située au dessus du hall. Ces caisses, de dimensions variables, posées sur le sol ou empilées, sont brutes, marquées, répertoriées. Sur le couvercle ouvert, quelques mots agrafés : l’adjectif lui-même, puis un court exposé. Dans le fond de la caisse, encadrées par des cales de bois, un tapis d’images accumulées, présentant quelques lieux, quelques détails où l’acte technique ou l’état du bois sont particulièrement mis en évidence. Sur ces images est posé un objet figurant ce qu’elles ont en commun : la rencontre créatrice d’un mot avec un matériau qui donne à imaginer de la faire travailler différemment ou de lui faire produire un autre sens.

Patrick Berger et Frédéric Bonnet architectes