• LA TOMBE DE JEAN-LAMBERT TALLIEN, CIMETIERE DU PERE-LACHAISE, PARIS

    Faire voir l’état des choses

    L’origine de l’architecture se situe peut-être dans ces pierres ancestrales érigées sur les sépultures. Défi entre le temps, expression du désir d’immortalité, elles constituent les premières figures esthétiques dans l’art de construire. A proximité, les renaissances végétales de l’arbre représentaient le cycle des morts et des vivants. La pierre et l’arbre en vis-à-vis, produisaient des significations complémentaires qui, plus tard, s’inscriront dans la Cité des morts et son jardin.
    Avec le temps et l’histoire, le cimetière du Père Lachaise est devenu un Panthéon de la culture française, de la fin du XVIIème siècle à nos jours.
    De même, est-il un vaste musée de sculpture en plein air.
    Progressivement, le cimetière a vu disparaître ses espaces verts. Le « champs » du XIXème siècle est devenu un paysage entièrement construit, une nécropole, une autre idée de la ville dans la ville.
    Le jardin, le musée et la sépulture sont les objets de cette étude d’aménagement du secteur « romantique » du Père Lachaise.
    Ils ont le temps comme sujet commun. Le caractère labyrinthique de ce secteur présentant une succession de situation végétale et d’évènements architecturaux particulier, a conduit à concevoir un principe d’interventions ponctuelles. Chacune de ces séquences consiste à rendre lisible ce que l’histoire et le hasard des constructions et du développement végétal ont produit.

    Avec la densification des sépultures, la composition originelle de Brongniard s’est effacée devant un dédale de jardins dans le jardin et de motifs architecturaux dans la nécropole. Ces espaces non conçus mais produits par le temps, présentent un caractère latent, celui d’un « inachevé » que l’on se propose de nommer et de souligner en ajoutant ici un type de tombe précis et là quelques marches ou un traitement végétal.

    Le projet guide ce que le temps et le hasard ont produit. Il est proche, par son attitude, de ces quelques traits ajoutés à une tache d’encre qui en font « dire » quelque chose.

    Le jardin des buis :

    En contre-haut, la création de trois marches entre deux tombes existantes reliées actuellement par de la végétation, évoque une porte architecturale et végétale.

    Le jardin des colonnes :

    L’alignement vis-à-vis d’arbres et de colonnes existants est renforcé par la création de colonnes, de plantations d’arbres et de fusain argentés, et d’un socle signifiant l’accès à la perspective.
    Latéralement, trois plates-formes architecturales et végétales successives guident le regard vers un arbre incliné.

    La tombe de Jean-Lambert Tallien :

    Un espace limité par un ouvrage de serrurerie présente conjointement l’analogie formelle d’une tombe géminée et d’un érable. Tous deux, l’un dans l’ordre architectural, l’autre dans l’ordre végétal, évoquent la dualité qui a constitué la célébrité de Jean-Lambert Tallien : celle de son engagement dans la Révolution Française et de sa passion pour une femme, Théresa Cabarrus.
    Sur cette tombe nouvelle est gravé un extrait du journal « L’Ami des Citoyens ». A proximité, au pied de l’arbre, une pierre discrète est posé sur la trace de l’actuelle sépulture, avec gravé, le nom du défunt, côte à côte, la glorification du vivant et la mort.
    Ce projet de tombe fut réalisé pour la commémoration française à Paris en 1989.